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Le
baron Taylor, l'Association des artistes et l'exposition du Bazar
Bonne-Nouvelle en 1846
Publié sous la direction de Bruno Foucart,
le livre mémorial de cette exposition qui a été
un des événements majeurs de la vie des arts au XIXème
Elle est la plus importante des premières expositions "libres"
organisées en dehors du Salon. L'initiative en revient à
l'Association des Artistes, association de secours mutuel fondée
par le baron Taylor en 1844. L'originalité de l'exposition
était de présenter des tableaux d'Ingres, absent volontaire
du Salon depuis 1834, et de David qui, après l'éclipse
due au triomphe du romantisme, connaît un retour de faveur.
Les plus grands critiques de l'époque dont Baudelaire, Thoré-Bürger
saluèrent l'événement.
22 x 24 cm. 300 pages, 135 illustrations, broché, tirage :
1.000 ex.
Prix : 54 E. - ISBN 2-908305-08-9
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La
jeune Association des artistes devait trouver des fonds. C'est ainsi
qu'elle eut l'idée d'organiser une exposition. Celle-ci,
préparée en 1845, ouverte le 11 janvier et fermée
le 15 mars 1846, fut un immense succès. Elle assura la notoriété
de l'Association, lui permit de renforcer son capital et surtout
fut l'occasion d'un bouleversement de la sensibilité artistique
: on redécouvrit David et Ingres, on sentit le besoin d'un
art plus " réaliste ", plus grave, alors que le
romantisme commençait à se fatiguer.
Tout, dans cette exposition était neuf, et d'abord la décision.
Le " Salon " était la grande et permanente, l'unique
manifestation artistique. En dehors de celui-ci il n'y avait pas
ou peu d'expositions dues à l'initiative privée ou
publique. Cette exposition était donc une première.
Organisée dans un des nouveaux lieux à la mode : les
passages et galeries commerciales des grands boulevards, elle bénéficiait
de la modernité de l'endroit. Du à l'architecte Grisart,
inauguré en 1838, le Bazar Bonne-Nouvelle, qui sera détruit
à la fin du XIXème siècle, était un
des lieux de la vie moderne.
L'originalité décisive était dans le choix
du thème et dans la nature des uvres exposées.
On allait voir enfin des uvres d'Ingres. Celui-ci refusait
d'exposer au Salon depuis 1834, à la suite du mauvais accueil
fait à son Saint Symphorien. Le peintre le plus célèbre
de l'époque avec Delacroix était en fait très
mal connu. Avec onze tableaux (par comparaison le musée du
Luxembourg ou musée d'art moderne n'en exposait que trois),
l'exposition du Bazar Bonne-Nouvelle présentait une véritable
rétrospective. D'autre part les uvres montrées
appartenaient toutes à des collectionneurs privés,
la plupart très célèbres. Ceux-ci acceptèrent
de prêter, par sympathie pour l'Association, et les visiteurs
purent ainsi découvrir quelques uns des chefs d'uvre
les plus secrets des plus célèbres galeries privées
parisiennes : collection Pourtalès, Hertford, par exemple.
D'autre part le Comité sut persuader la baronne Jeanin, fille
de David, de prêter des uvres de son père que
l'on n'avait pas vues depuis près de cinquante ans. Là
encore ce fut une révélation. Le Marat était
alors un tableau inconnu. Les Prud'hon de la collection Marcille
étaient eux aussi des oubliés célèbres.
La critique comprit immédiatement l'intérêt
de cette exposition : de très nombreux et importants articles
paraissent alors, comme ceux de Thoré-Bürger, défenseur
des romantiques et surtout de Baudelaire. On prenait enfin conscience
de l'originalité d'Ingres qui cesse d'être le mainteneur
de la tradition et apparaît comme un poète de la ligne
et de la femme. Baudelaire, l'ami de Delacroix, reconnaît
l'étrangeté et le génie d'Ingres. Le néoclassicisme
allait cesser d'être brocardé et rejeté au nom
du romantisme. Devant David on lui retrouve des qualités
de simplicité, grandeur, élévation morale.
Le réalisme de David surprend et plait. Une nouvelle sensibilité
se fait jour à l'occasion de cette exposition, celle qui
permettra quarante ans après, le triomphe de Courbet.
Le livre a été conçu comme un mémorial.
Les procès-verbaux des réunions du Comité qui
retracent au jour le jour la grande affaire que fut cette exposition
sont publiés pour la première fois. On peut suivre
ainsi les démarches des organisateurs, leurs angoisses, leurs
recherches : Ingres prêtera t-il ou non ? Aura t-on tel ou
tel tableau ? Ce sont là des documents originaux qui, pour
la première fois avec cette précision, permettent
de retracer à la fois l'histoire d'une exposition, de la
sensibilité et de la vie artistique dans les années
charnières du passage du romantisme au réalisme.
La presse fut très importante. Le livre-mémorial publie
les principaux de ces articles, et chaque fois intégralement.
Hors celui de Baudelaire, ils n'ont, pour la plupart, jamais été
réédités et restent inaccessibles. On comprend
ainsi le retentissement de cette exposition et son influence sur
les esprits. Désormais on peut à nouveau savoir et
vérifier que l'exposition du Bazar Bonne-Nouvelle fut un
des chapitres les plus palpitants de la vie des arts au XIXème
siècle. Au nom de la solidarité et de l'entraide,
par la générosité exceptionnelle de très
grands collectionneurs, deux artistes insignes, oubliés ou
indésirés sont réhabilités : Ingres
et David, grâce à l'exposition du Bazar Bonne-Nouvelle,
fascinent à nouveau. La sensualité concentrée
de l'un, le réalisme grave du second sont enfin compris et
reconnus. Courbet pouvait venir.
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